Faisant table rase du passé, la Révolution supprima les provinces au profit d'une division plus égalitaire en départements. Ils faillirent être en carrés, taillés au cordeau... Pour rompre avec l'histoire, on ne leur attribua que des noms géographiques, essentiellement ceux des cours d'eau.
Pourquoi avoir choisi la rivière Vendée pour nommer notre département ?
Dans le numéro spécial de l’Illustration économique et financière du 22 mars 1930, consacré à la Vendée, le Dr Barbanneau explique comment elle devint « la marraine du département » :
« On n’avait pas de cours d’eau important, sauf le Lay (…). Mais le nom du département du Lay sonnait mal à l’oreille ; et comme il y a le grand et le petit Lay, le rapporteur proposa le nom de Département des Deux-Lays. C’était logique après l’appellation Deux-Sèvres. Deux députés de l’Ouest, Larevellière-Lepeaux et Alquier, bondirent furieux, injuriant le rapporteur, lui reprochant véhémentement de les ridiculiser par un affreux calembour. Il faut savoir que les deux députés n’avaient physiquement que des rapports extrêmement lointains avec Apollon, fût-il du Belvédère. Et dans l’appellation des Deux-Lays (les deux laids), ils trouvaient une injure personnelle... On finit par où on aurait dû commencer : chercher un autre nom… »
Cette explication est-elle avérée ? En connaît-on une source fiable ?
Le premier argument n'est pas crédible : département des Deux-Lays ne sonne pas mieux à l'oreille que département du Lay. Le second ne l'est pas plus. Un homme laid peut avoir conscience de son état, mais de là à se sentir visé en même temps qu’un seul autre ?
S'il s'agit d'une légende, à quand remonte-t-elle ? Qui l'a colportée ?
Les histoires populaires de la Vendée répètent cette anecdote. L'histoire savante aussi ? Arrive-t-on à en retrouver trace avant la milieu du XIXe siècle ? Quels auteurs l'ont transmise ? Finalement, qui en est l'auteur ?
Le nom de la Vendée serait-il tout simplement plus légitime que celui du Lay ?
Comme dans la majorité des départements, c'est la rivière qui arrose le chef-lieu. Toutefois le choix de Fontenay-le-Comte a-t-il vraiment précédé celui du nom du département ?
Date de publication : 28 juin 2012
Auteur du billet : Betty Debelloir
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Dans " La Vendée ", Louis Chaigne attribue l'admission du nom du département à " un des représentants du pays, BOURON, et (à) un membre de l'administration départementale, MERCIER du ROCHER, remarquables par leur laideur, et redoutant une allusion à leur commune disgrâce physique ".
Voici une seconde tradition : les députés laids ne seraient plus La Revellière Lepeaux et Alquier, mais Bouron et Mercier du Rocher ! A croire que la députation de la (future) Vendée avait été le fruit d'un concours de laideur !
C'est en tout cas un bon indice du caractère légendaire d'une histoire si drôle qu'on l'applique à qui l'on veut.
Louis Chaigne rapporte cette histoire après le Dr Barbanneau, cité plus haut (1930), puisque la première édition de sa "Vendée" remonte à 1934, et sa mise à jour à 1958. Il la rapporte différemment : elle court donc déjà sans contrôle.
Google, qui fouille jusque dans les pages d'accroche mises en ligne par le Centre vendéen de recherche historique, en signale encore d'autres citées d'ans l'anthologie de Pierre Rézeau (Voyageurs en Vendée):
- en 1898, Victor Ardouin Dumazet désigne Larevellière Lepeaux et Goupilleau de Fontenay (et de cinq pour les laids !)
- en 1977, Jean Thibaudeau rapporte la chose sans nommer personne
La question reste entière : qui est à l'origine de cette histoire ?
Pour mémoire, au début de l'année 1790, Ambroise Cochon de Chambonneau imprimait à Fontenay une brochure 'suite à l'Arrêté de l'Assemblée des députés du département du Bas-Poitou, le 24 janvier 1790' en 15 p. intitulée 'Département occidental du Poitou' sous-titrée 'Confrontations et limites' détaillant les six districts et leurs cantons respectifs.
A Nantes, un exemplaire figure au catalogue de la bibliothèque municipale, à la section du fonds local (205463/C88).
A Paris, aux Archives nationales, la brochure 'Département occidental du Poitou' a été jointe à un dossier coté D/IVbis/76 et consacré à la démarcation des arrondissements de la Vendée.
A l'intertitre une main contemporaine a écrit à l'encre "appelé le département de la Vendée".
Parmi les signataires de l'arrêté du 24 janvier 1790, outre les neuf députés du département du Bas-Poitou, on notera le nom de Gossin, commissaire du comité de constitution, dépêché par Paris.
La répartition du royaume en départements a été décidée en 1789, année symbolique.
La confrontation des limites de celui de la Vendée a été arrêtée le 24 janvier 1790, jour où le nom n'était toujours pas fixé. C'est donc bien à ce moment-là qu'a eu lieu le débat qui prête à cette curieuse et douteuse histoire des deux laids.
Sait-on quand le nom de Vendée a été retenu ? Peut-être trouverait-on les attendus de cette décision pour en éclairer le contexte ?
Benjamin Fillon n'a pas oublié l'imprimé concernant les limites du département occidental du Poitou. Il l'a fait recopier dans la série de volumes intitulée "Archives historiques de la ville de Fontenay-le-Comte", disponible en ligne sous ce lien :
http://recherche-archives.vendee.fr/archives/fonds/FRAD085_EDEPOT921II1A10/archivesenligne/view:78118?RECH_S=%22Departement+occidental+du+Poitou%22&RECH_SELECTOR[0]=onglet&RECH_SELECTOR[1]=bn&RECH_SELECTOR[2]=dictionnaires&RECH_SELECTOR[3]=outils&RECH_SELECTOR[4]=galerie&RECH_SELECTOR[5]=geneadp&RECH_SELECTOR[6]=vie&Rech_mode=prx&type=simple
Il offre aussi des copies de lettres relatives à ce choix (sous le même lien), qui pourraient éclairer le contexte qui a servi de support à la légende des deux laids.
Fillon qui, en 1846 dans ses "Recherches historiques et archéologiques sur Fontenay", outre la brochure "Département occidental du Poitou", cite à la page précédente n° 340, un écrit anonyme de 6 pages -qu'il attribue à F. Bouron- imprimé in-8° à Paris chez Baudoin et intitulé "Précis des motifs qui engagent la députation du Poitou à demander à l'Assemblée nationale, que le territoire de cette province ne soit divisé qu'en deux départements".
Les bibliothèques de Poitiers et Nantes conservent chacune un exemplaire, que La Bouralière date de 1789.
Près d'un siècle après la formation du département, Emile Beaussire dans ce qui dût être son ultime article "La formation spontanée d'une province au XVIIIème s. - La Vendée" inséré dans la livraison du 15 avril 1889 de "La Revue des deux mondes", mentionnait bien deux représentants de la région sans toutefois les nommer. Il écrivait en p. 888 "Cette dénomination fut rejetée par la crainte d'un mauvais calembour: la malignité publique y trouvait un rapprochement avec (leur) laideur" et renvoyait à un article de l'abbé Simonneau paru en 1886 dans l''"Annuaire de la S.E.V." dans lequel on y lit p.46 en introduction à son article "Recherches sur le mot Vendée": "On raconte que le premier nom proposé à l'Assemblée nationale, en 1790, pour désigner le Bas-Poitou, fut rejeté parce qu'il donnait lieu à une application facétieuse".
L’Assemblée constituante décrète :
- le 15 janvier 1790, que la France est divisée en 83 départements (Collection générale des décrets rendus par l’Assemblée nationale… Tome II. p.16) ;
- le 19 janvier 1790, que les marches communes sont divisées entre la Bretagne et le Poitou (id., p.20) ;
- le 26 janvier 1790, que « Le département occidental du Poitou, dont Fontenay est le chef-lieu, est divisé en six district ; dont les chefs-lieux sont Fontenay-le-Comte, La Châteigneraye, Montaigu, Chalans, Les Sables d’Olonne et La Roche-sur-Yon, sauf, en faveur de la ville de Pouzauges, d’être siège de la juridiction du district de La Châteigneraye, si les électeurs jugent qu’il soit utile de l’y placer » (id., p.42). Le comité termine son travail de division du royaume le 16 février 1790.
L’ensemble des textes est repris dans le décret général 26 février 1790, qui officialise le nom du département de la Vendée (décret sanctionné le 4 mars) (id., p.155). Leur mise en place a suscité d'âpres rivalités entre les villes.
[Source : http://books.google.fr/books?id=81cDAAAAQAAJ&hl=fr&pg=PP13#v=onepage&q&f=false ]
Le 17 février, le Comité de constitution invite les députés à proposer le nom que ces départements devront porter (Moniteur universel, séance 17 février 1790).
Les députés repoussent l’idée de retenir le noms du chef-lieu, pour « détruire l’aristocratie des villes », et celle d’une simple numérotation, pour ne pas établir de hiérarchie (Moniteur universel, séance du 26 février 1790).
[Source : http://books.google.fr/books?id=rJEFAAAAQAAJ&hl=fr&pg=PP1#v=onepage&q&f=false ]
Les noms des départements sont finalement choisis par le Comité de constitution en fonction des fleuves et massifs montagneux présents sur leur territoire (Le Petit Parisien, 01/11/1901)
[Source : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5605034/f1.image ]
Si la référence aux anciennes provinces est explicite dans la procédure du découpage en 83 départements, elle disparaît volontairement dans le processus de dénomination de ceux-ci. Il y a une volonté explicite de rupture avec le passé. Ce comité aurait-t-il laissé des archives témoignant des débats qui ont animé ce choix ?