L@boratoire des internautes

Une curieuse procession de « Vendéens »

Il faudra nous contenter de la mauvaise photographie ci-dessous pour apprécier une scène qui hésite entre reconstitution historique et procession religieuse. 

De quel événement s'agit-il ? En connaît-on d'autres photos ? 

  

Six hommes au moins transportent un grand calvaire. Une dizaine d'hommes en tout sont costumés. Certains pourraient porter des faux emmanchées à l'envers (ou bien s'agit-il des éléments de soutien du calvaire ?). À leurs sabots, incongrus sur les pavés de cette ville, à leurs grands chapeaux rabalets, s’ajoutent un élément comique : des pantalons coupés, en guise de culottes, sur des chaussettes qui ne remontent pas assez haut pour masquer leurs genoux ! Aucun ne paraît porter de scapulaire au Sacré-Cœur. 

A-t-on voulu représenter des insurgés vendéens ? 

Derrière les porteurs suivent une quinzaine de porte-drapeaux. On attendrait des bannières, mais ce sont bien des drapeaux, et peut-être y en a-t-il de tricolores. Des « messieurs » en tenue bourgeoise encadrent le cortège. Leurs chapeaux haut de forme, mais surtout la présence d'un canotier donnent une allure très 1900 à la scène. 

Reconnaît-on l'insigne qu'ils portent à la boutonnière ? Pourquoi associer des drapeaux à ce cortège ? 

La procession arpente l'avenue d'une grande ville : pavés, rails d'un tramway, colonne Morris, grands bâtiments. 

Le grand immeuble dans le fond permettrait-il de situer la scène à Paris ? 

D'authentiques ecclésiastiques ouvrent ce cortège (vraisemblablement précédés par d'autres que la photo ne permet pas de voir). L'un, tonsuré, porte un manteau sur la soutane. Deux autres sont des religieux : peut-être un bénédictin, en bure sombre, ceinture de cuir et scapulaire, le dernier en robe claire porte un surplis qui masque les caractéristiques de son habit. Les religieux sont, pour la plupart, en voie d'être bannis de France dans les toutes premières années du XXe siècle. Leurs églises sont confisquées. Notons par ailleurs que le Christ du calvaire paraît sculpté en bois et peint. Sans doute est-il ancien avec son grand périzonium et ses bras très perpendiculaires au corps, qui en accentuent la rigidité. Il pourrait aussi être méridional, avec son nimbe rayonnant. Il paraît fragile pour demeurer dehors, et viendrait plutôt de la poutre de gloire d'une église. 

S'agirait-il d'un grand calvaire qu'on aurait sauvé en l'extrayant d'une chapelle conventuelle désaffectée au culte ? Voilà qui justifierait une manifestation moins religieuse que politique. Est-ce la raison de la présence de ces « Vendéens » ? 


Date de publication : 07 janvier 2013

Auteur du billet : Photographie proposée par Nicolas Delahaye

Liste des commentaires

Le 10/01/2013 à 08h48, BASOGE a écrit :

IL SEMBLERAIT DES BÂTIMENTS hAUSMALIENS ? LES HOMMES PORTAIENT DES CANOTIERS ET DES HAUTS DE FORMES? DES KIOSQUES A PUBLICITÉS" EPOQUE ENTRE 1809 ET 1900 " RIEN DE SUR

POURRAIT ETRE UNE PROCESTION RELIGEUSE

Le 29/01/2013 à 18h03, burgaud a écrit :

Il semble effectivement qu'il s'agisse de batîments de type haussmaniens - et notamment de colonnes de publicités (type MORRIS) - ne serait-ce pas une manifestation "déplacée" sur Nantes ou Paris pour manifester sur la loi sur la séparation de l'église et de l'état - nous sommes toujours dans la même période fin 19ème - débiut 20ème -

Le 29/01/2013 à 22h16, SACHOT a écrit :

Il s'agit forcément d'une grande ville Il y a des rails de tramways au 1er plan

Le 30/01/2013 à 08h40, GIROS a écrit :

Pour ma part, je pencherais plutôt pour un défilé de porte faix : les "forts des halles".

Le 24/03/2013 à 21h51, Archives Vendée £ a écrit :

Des porte faix ? Pourquoi pas, mais ils suivent une croix et sont intégrés dans un cortège d'allure "chouanne" et encadré par des clercs. Le problème reste entier. Il faudrait commencer par identifier la ville, si possible.

Le 02/05/2014 à 02h28, Guitton de la Verrie a écrit :

Centenaire du Concordat de la procession de Vendéens à Paris en 1901.

Merçi, bien à vous !

Le 02/05/2014 à 09h28, Archives Vendée ; a écrit :

Votre hypothèse mérite d'être étayée. Avez-vous connaissance d'articles de journaux, de témoignages ou de photographies relatifs à cette manifestation ?

Le 02/05/2014 à 23h29, D. RONDEAU a écrit :

Bonjour,
Je pense qu'il pourrait bien s'agir, non pas de Vendéens à Paris, mais de Tyroliens, lors du Congrès eucharistique de Vienne, en 1912:
http://gallica.bnf.fr/Search?ArianeWireIndex=index&p=1&lang=FR&f_typedoc=images&q=congr%C3%A8s+eucharistique+de+Vienne&x=0&y=0

Le 02/05/2014 à 23h47, D. RONDEAU a écrit :

Une autre photo, le même Christ en gros plan:
http://www.sagen.at/fotos/showphoto.php/photo/26376/size/big/cat/

Le 03/05/2014 à 23h19, D. RONDEAU a écrit :

Bonjour,

Le crucifix a été réalisé en 1912 par le sculpteur tyrolien Josef Bachlechner der Ältere (1871-1923):
http://de.wikipedia.org/wiki/Josef_Bachlechner_der_%C3%84ltere

C'est l'année suivante qu'il semble avoir été complété par l'ajout de Marie et de Jean:
http://www.pfarrematrei.at/joomla/index.php/startnavis/geschichte?showall=1&limitstart=

Ce crucifix est toujours en Autriche, actuellement dans la nouvelle église paroissiale St Christophe de Navis, construite dans les années 1960, dans le diocèse d'Innsbruck:
http://toolserver.org/~alexxw/Denkmalliste/index.php?action=EinzelID&ID=110467

Le voici en couleurs:
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hl._Christoph_(Navis)_06.JPG

Le 06/05/2014 à 20h20, MARQUET a écrit :

Vous tapez Congrès Eucharistique de Vienne 1912, le premier site est celui de gallica qui vous donne une photo de presse de l'agence ROL. Les tyroliens n'ont rien à voir avec le look chouan de la photo proposée à la discussion.

Le 07/05/2014 à 01h03, D. RONDEAU a écrit :

Bonjour,

Deux catégories bien distinctes de Tyroliens ont probablement défilé ce jour-là. Il y a certes ceux de la photographie que vous évoquez :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6921434w
Les hommes y sont munis de fusils, ils semblent endimanchés dans leur célèbre costume d’apparat traditionnel et leurs souliers noirs.

Mais il y a surtout ceux qui sont venus avec leurs tenues démodées et des outils de travail de paysans pauvres. Ils portent, ou bien ils entourent, la lourde croix et, eux, ils ressemblent aux « chouans vendéens ». C'est bien cette seconde catégorie de Tyroliens qui a retenu l'attention des reporters de l'époque, comme dans :
- N°3630 de l'Illustration du 21 septembre 1912.
- N° 2895 du Monde Illustré du 21 septembre 1912.
- N° 39 du Soleil du Dimanche du 29 septembre 1912 qui en fait même sa une :
http://tiny.cc/4pmgfx

Le 07/05/2014 à 14h48, MARQUET a écrit :

J'ai appelé votre site http://tiny.cc/4pmgfx. La première fois je suis tombée sur un site tiny trouvez l'âme soeur ! (merci j'ai tout ce qu'il me faut à la maison). La deuxième fois on m'a répondu qu'il n'y avait pas de site sous cette référence. Etes-vous sûr de vos références ?

Le 07/05/2014 à 16h03, will a écrit :

En effet des fortes similitudes avec les photos du lien donné par marquet :

http://www.delcampe.net/page/item/id,212208726,var,N39-SOLEIL-DU-DIMANCHE-1912-vienne-fetes-religieuses-tyroliens-croix-du-christGRANDES-MANOEUVRES-LES-DREADNOUGHTS,language,E.html

fenetres identiques , kiosques publicité identiques à coté de la photo ou il ya le carosse , ligne de tramway au sol , meme christ ...

Le 08/05/2014 à 15h08, MARQUET a écrit :

Je n'ai pas pu accéder aux différents sites ou journaux que vous donniez en référence, mais j'ai trouvé deux autres gros plans de l'agence Rol du congrès sur Gallica : Les Tyroliens et leur Christ au pied d'une statue équestre, et le début du groupe des "tyroliens-chouans".
Aucun doute donc sur l'identification que Mr Rondeau a fait de la procession. Le Mystère est levé. Félicitations.

Le 09/05/2014 à 11h07, Archives Vendée £ a écrit :

Bravo à D. Rondeau d’avoir éclairci cette énigme. On aimerait savoir ce qui l’a mis sur la piste…

On sait le goût des Autrichiens pour leurs traditions folkloriques, et comme ils portent encore volontiers de nos jours des éléments vestimentaires les rappelant (vêtements de cuir, broderies, etc.). On est toutefois dans un genre un peu différent ici. Il ne s’agit pas de déguisement, comme on l’entendrait chez nous, et cela conviendrait mal à une procession religieuse. Mais on peut relever toutefois des situations assez différentes d’un groupe à l’autre de la procession de ce congrès eucharistique.

Les plus « déguisés » seraient les étudiants, dont la tenue est tout à fait occasionnelle. Malgré les costumes très extraordinaires, il n’en est évidemment pas de même du clergé ou de l’équipage de l’empereur.

Mais pour les paysans ? Chez certains le costume traditionnel marque tout simplement qu’ils sont endimanchés. Ceux qui ressemblent le plus à des "chouans" portent une tenue qui ne leur est cependant pas naturelle. A preuve les outils agricoles transformés en armes qu’ils exhibent : on voit en particulier une faux emmanchée de façon agressive et non pour le travail. C’est là que se retrouve peut-être un rapport avec la Vendée. Cet armement et ces outils agricoles détournés font allusion à une révolte paysanne.

Ne serait-ce pas celle d’Andreas Hofer, héros autrichien de la résistance à l’invasion napoléonienne ?

Il est possible que les articles de presse n’en parlent pas, car la référence devait être explicite. Elle n’est pourtant pas mineure, puisque ces personnages entourent le Christ en croix (qui est, notons-le au passage, d’une facture baroque étonnante s’il date de 1912, sauf à considérer le goût immodéré des Autrichiens pour cet art qu’ils ont tenté de faire survivre en plein XXe siècle). On aurait ainsi exhibé des figures de défenseurs de la religion, comme on le faisait à la même époque sur des vitraux vendéens, mais elles sont d’autant plus terribles que ces hommes prennent la pose et qu’on ne voit pas l’agression qu’ils sont censé contrecarrer.

Les porteurs d’armes autour de la croix étaient jusque-là… les soldats romains. Nationalisme et religion identitaire font bon ménage des symboles, au risque de troubler la claire vision des choses !

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